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www.monde-diplomatique.fr Jetons le bébé avec l’eau du bain libéral
A PPEL A LA GAUCHE
Carte Blanche publiée dans la version papier du journal Le Soir du 3 novembre 2008
Par Manuel ABRAMOWICZ, Claude DEMELENNE, Guy DESOLRE, Robert FALONY, GOBIN, Sophie HEINE, François MARTOU, Yves MARTENS et Francis WEGIMONT
"Le libéralisme est aussi dangereux que le communisme" . Ainsi parlait Jacques Chirac, en 2005. L’actualité rappelle que le libéralisme (*) est un impitoyable mangeur d’hommes. Il est la cause de grands malheurs. Pour éviter leur répétition, il faut jeter le bébé avec l’eau du bain libéral : non pas réformer le libéralisme, mais le faire reculer. Jusqu’à son remplacement par un nouveau système, qui reste à inventer. Le libéralisme, expliquait la droite, peut seul apporter le bonheur à l’humanité. Tout autre idéologie sort du "cercle de la raison". Le bilan des staliniens du libéralisme est cruel. Il se décline en trois constats majeurs, exigeant un réformisme révolutionnaire. Une révolution sans bombe, ni fusil, que la gauche ne pourra éluder, sous peine de s’autodétruire. 1. Le libéralisme tue massivement Le libéralisme tue davantage que la guerre et le terrorisme. Son bras armé est la spéculation boursière. Depuis 2007, la spéculation sur les matières premières a provoqué la mort de centaines de milliers de personnes, en Afrique et en Asie. La facture des importations céréalières des pays les plus pauvres a pratiquement doublé. Un enfant de moins de cinq ans y meurt de faim toutes les cinq secondes. L’idéologie libérale est directement responsable. Ce sont ses partisans qui s’arc-boutent à la théorie selon laquelle seul un marché mondial totalement libéralisé et privatisé est apte à éliminer la malnutrition dans le monde. Le dogme du libre-échange absolu est la camisole de force des peuples. Dix sociétés multinationales contrôlent 80% du commerce mondial des aliments de base. Elles détiennent une arme de destruction massive : la spéculation. Pour stopper le carnage, il ne suffira pas de mieux réguler les marchés financiers. Il faudra retirer de la Bourse la fixation des prix des aliments de base, et instaurer un système où le pays producteur négocie directement avec le pays consommateur, pour exclure le gain spéculatif. Une petite révolution, parmi d’autres. 2. Le libéralisme est passéiste Les libéraux sont passéistes. Ils ont enclenché un vaste mouvement de retour vers le 19ème siècle. Libéralisation, déréglementation, privatisation, riment avec cupidité, inégalités, inhumanité. Lorsque règne la loi de la jungle, un mot d’ordre prévaut : piétinez votre voisin et enrichissez-vous ! Durant les Trente Glorieuses, de 1945 à 1975, l’Etat providence a fait reculer le libéralisme. Des progrès sociaux importants ont été réalisés, grâce à une social-démocratie conquérante et à la "peur du rouge". L’avènement du duo Thatcher-Reagan a ouvert la pire période de régression sociale de l’histoire contemporaine. La gauche était sur la défensive. Le libéralisme a réinventé la peur du lendemain chez les citoyens. Il a provoqué le retour en force de la souffrance, morale et physique, chez les travailleurs. Il a réintroduit la délinquance en col blanc dans la Cité. Il a dopé la culture de vol des grands patrons. Avant la guerre, ’industriel Henry Ford estimait que la rému- -nération
nération d’un grand patron et celle de ses salariés devaient idéalement varier dans une fourchette de 1 à 10, tout au plus de 1 à 20. Aujourd’hui, la fourchette est de 1 à 300, parfois de 1 à 500. Les papes du capitalisme gagnent en moyenne 1000 euros l’heure. Les travailleurs doivent, eux, se serrer la ceinture. "L’Etat n’est pas la solution, il est le problème" , disait Ronald Reagan. Renversons l’axiome : "Le marché n’est pas la solution, il est le problème" . La social-démocratie a énormé-ment concédé au marché. Elle a privatisé et malmené les services publics. Elle doit faire sa révolution. Et inventer un nouvel étatisme; un nouveau collectivisme. Ce que des décideurs ont privatisé, d’autres peuvent le déprivatiser, créer des banques publiques et des services publics européens, refuser la privatisation de la Poste. 3. Libéralisme égale mauvaise gestion L’Etat n’est pas toujours un parfait gestionnaire. Mais aucun gestionnaire public n’a commis le quart du dixième des erreurs - des fraudes, des malversations, des actes de vandalisme économi-que… - des gourous de la finance. Les pieds nickelés qui dirigeaient La Carolo sont des amateurs face aux arnaqueurs professionnels qui cornaquaient Fortis et Dexia. D’un côté, des minables, gonflant leurs notes de restaurant à 300 euros. De l’autre, des golden boys gonflant leurs parachutes dorés à 3 millions d’euros. Libéralisme et efficacité économique sont inconciliables. C’est parce que la droite a appauvri le peuple américain que l’ouragan financier a éclaté. Si tant de travailleurs américains n’étaient pas devenus des working poors, la crise des subprimes n’aurait pas eu lieu. Parce qu’il y a urgence, nous lançons un appel à l’ensemble de la gauche : partis, syndicats, mouvements associatifs, mutualités, militants encartés ou isolés…. Celle-ci ne peut, à elle seule, rendre des couleurs à la social-démocratie euro-péenne, handicapée par le social-libéralisme de beaucoup de ses leaders. Mais, alliée aux gauches européennes les plus offensives (fortement présentes au Portugal, en Allemagne…), elle peut jouer le rôle d’aiguillon. La contre-offensive que nous proposons pour en finir avec le libéralisme passe par une alliance avec le Parti de la Gauche européenne (rassemblant des formations marxistes ou marxisantes démocratiques) et le Parti vert européen. Au pouvoir sans interruption depuis vingt ans - un record ! - les socialistes belges francophones ont participé à la régression sociale causée par la pensée unique libérale. Défendre au coup par coup le pouvoir d’achat, la sécurité sociale, l’indexation des salaires et la non limitation dans le temps des allocations de chômage, n’est plus suffisant. La gauche gestionnaire a besoin d’une riposte globale. Elle doit rompre avec son libéralisme, light et généralement honteux, pas moins nocif que celui de la droite. Camarades, n’ayez plus peur. Ensemble, jetons le bébé avec l’eau du bain libéral ! (*) Dans ce texte, nous traitons du libéralisme économique.
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