
RASSEMBLEMENT DES RESISTANCES INNOVANTES
Première rencontre régionale à Liège
Un lieu magique et insolite, le Théâtre En Ile, accueillait à Liège, le 15 juin dernier, la première rencontre régionale des initiatives de Résistance Innovante. Une trentaine d’associations ont répondu à notre invitation, représentant des secteurs aussi divers que les migrants, les sans papiers, les sans logis, la culture et la formation, les maisons médicales et le planning familial, les syndicats et la presse, la mobilité et les femmes, …
Dans son exposé introductif, Pierre Galand a rappelé les objectifs du projet : organiser un mouvement sur le terrain avec ceux qui résistent au tout au marché et qui créent un peu plus de solidarité et de justice au sein de notre société libérale. Des poches de résistance sont apparues dans de nombreux secteurs, mais elles sont souvent isolées ou alors fédérées de manière verticale. Le RRI a l’ambition de susciter une rencontre horizontale, donnant ainsi l’occasion d’échanges, de renforcement mutuel et d’accroissement de l’impact des résistances. Ce rassemblement, programmé pour mai 2008 à Charleroi, se déroulerait en deux temps : un premier temps réservé aux échanges entre initiatives innovantes, un deuxième temps ouvert au public, et en particulier aux jeunes.
La rencontre à Liège marque une étape importante dans l’évolution du projet puisqu’elle a permis de recueillir les premières réactions, interrogations, suggestions des acteurs de terrain. D’autres rencontres régionales suivront, à Mons, à Namur, à Bruxelles, ...
Mais avant cela, il est clair que les porteurs du projet doivent éclaircir un certain nombre de points apparus dès l’ouverture des débats à Liège. Voici quelques pistes de réflexion.
1) Comment se situe le RRI par rapport aux lieux de coordination déjà existants ? Quelle est son
originalité ? Et de citer l’exemple du Forum social qui regroupe de nombreuses associations, et
notamment des lieux de résistance. N’y a-t-il pas dispersion des forces ?
2) Certes, comme l’a dit Pierre Galand dans son introduction, il y a instrumentalisation du secteur
associatif par les bailleurs de fonds. C’est le cas des ONG de développement ou d’éducation
permanente. Mais de nombreux comités, non financés, ne se retrouvent pas dans ce schéma. Et par
ailleurs, l’accent a été mis par plusieurs participants sur le fait que des projets progressistes et
sociaux sont bénéficiaires de financements.
3) Qu’est-ce être « résistant », qu’est-ce être « innovant » ? Et par rapport à quoi ? Mais faut-il vraiment
tracer une frontière ? De même, faut-il mettre sur le même pied les initiatives portées
institutionnellement, et celles portées par des individus quelque peu en marge ?
4) L’ouverture vers les jeunes : il est vrai que la moyenne d’âge était, une fois de plus, assez élevée à
Liège.. Mais ne baissons pas les bras, des jeunes étaient aussi présents. Certains pour nous dire qu’il
y a des jeunes qui bougent, qui réfléchissent, qui portent de beaux projets. D’autres par contre ont
exposé leurs difficultés, la chasse aux chômeurs, la précarité,… Comment aller à la rencontre des
jeunes en mai 2008, comment les mobiliser ? C’est un point très important, à bien préparer.
5) De même, le contenu des deux journées de la rencontre apparaît encore flou : quelle animation,
quelles modalités de participation,… ?
6) Aujourd’hui, on peut constater un délitement du droit, et ce dans de nombreux domaines : droit au
travail, droit au logement, droit à une vie digne. Et les organisations porte-parole des demandeurs
d’asile de revendiquer un autre cadre juridique. Les centres fermés doivent être fermés. Oui, un des
objectifs des RRI est d’unir les forces pour reconquérir des espaces de droit.
7) Il fut aussi question de militance, de monde plus équitable, d’un monde meilleur est possible, de
rassemblement des forces progressistes. Et dans cette optique, il est certain que la perspective d’un
travail horizontal, d’un partage des expériences et d’un renforcement mutuel a été accueilli très
favorablement par les participants.
Au moment de conclure, il a été dit que les Amis du monde diplomatique ne présentent pas un produit fini. Le RRI est un produit qui doit être élaboré avec les acteurs sollicités. Ce sont eux qui en dernière instance nous donneront le feu vert pour continuer sur notre lancée.
Entre-temps, toute réaction est bienvenue. Et si notre rencontre suscite la mise sur pied d’un groupe de réflexion local et horizontal, ce sera déjà un bilan très positif.